Patrice Chéreau, un théâtre de la vie

Extraits d’un article paru dans Le monde (octobre 2013, déjà)…
Retrouver l’article complet : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/10/07/le-metteur-en-scene-patrice-chereau-est-mort_3491549_3382.html


Il court. Il porte une chemise blanche qui gonfle sous le vent, un jean et des lunettes noires. Ses pieds semblent à peine toucher le sol, sa tête dessine un angle droit avec son corps. Elle regarde dans une direction qu’on ne voit pas, sur cette petite photo en noir et blanc où Patrice Chéreau est tel qu’il a toujours été : dans un élan, tendu vers un but, la nuque solide. Que faisait-il sur cet étrange sol sablonneux barré d’un rideau d’arbres ? Quel désir le poussait à courir ainsi, droit devant ? Désir des acteurs, comme toujours dans sa vie.

[…] Peu d’hommes et d’artistes ont vécu aussi intensément et laissé un héritage aussi impérieux : il y avait tous les metteurs en scène, et Patrice Chéreau. Non qu’il fût toujours le meilleur mais il a toujours été à côté, là où on ne l’attendait pas. Œuvrant sur tous les fronts – théâtre, opéra, cinéma.

[…] Tout allait vite avec Patrice Chéreau. Il fallait le voir manger, voracement. Il avait un sourire cinglant et un phrasé rapide, comme son écriture, minuscule, qui couvrait de
commentaires les textes, les partitions et les scénarios.

[…] Avec le désir des garçons, la passion du travail, l’obstination à forcer les événements pour ne pas vivre dans le rêve, mais créer, encore et toujours. Et la création revenait toujours à un postulat simple, en apparence : raconter une histoire, « parce que ça peut contenir le monde, ça peut nous contenir, nous et les problèmes qu’on a à affronter, et la façon dont on est au monde« , comme il le dit dans Les Visages et les Corps, le beau livre écrit au moment où Patrice Chéreau a été le « grand invité » du Louvre, en 2010.

[…] Et des rages, il y en eut beaucoup, chez Patrice Chéreau. A commencer par se trouver pire que laid, moche, à l’adolescence. Il ne savait pas alors qu’il dégageait déjà une incandescence qui a frappé tous ceux qui l’ont rencontré, dès ces années où il était au Lycée Louis-le-Grand, et où tout a changé. Ou tout change, pour être juste : car l’histoire de Patrice Chéreau s’écrit au présent, à partir du moment où il découvre le théâtre.

[…] Quel est ce jeune homme qui n’hésite pas à tordre le cou aux textes et déploie un sens de l’image aussi sidérant ? Le mot de surdoué vient aussitôt sur les lèvres…

[…] Patrice Chéreau a monté très peu d’auteurs contemporains. Il n’en cherchait pas, « parce que c’est comme en amour : quand on cherche, on ne trouve pas. Quand on arrête de chercher… », une pièce…

 

Les Anneaux :
Pour ma part, un être ô combien fascinant…
Dans le « travail », les Anneaux continuent d’opérer.
Le nom du projet à venir sera bientôt dévoilé.
Bien à vous et à vite ! (le manque est là, celui de dire, d’être autre pour parfois mieux aller vers soi).
C.T.

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