Die Probe (Le Test) de Lukas Bärfuss

Affiche DP 2DIE PROBE (LE TEST)

de Lukas BARFUSS (L’Arche Editeur)

Traduction de Johannes Honigmann

L’AUTEUR :
Lukas Bärfuss, né en 1971 à Thun en Suisse, est considéré comme l’un des auteurs clé de langue allemande de la dernière décennie. De prime abord dramaturge, il a entre autres récemment publié, avec un grand succès auprès des lecteurs et de la critique, un roman sur les massacres de 1994 au Rwanda.

LA PIECE :
Qui sont les Coré ? Ils sont une famille. Ce postulat est bancal. D’ailleurs Pierre, fils unique d’Hélène et Simon, met en doute sa propre paternité et recourt à un test. Le résultat est évidemment dévastateur. Pour lui et pour le reste de la famille, dont les liens se délient aussi rapidement qu’ils sont prétendument solides. DIE PROBE (LE TEST) est donc une photo de famille où plus précisément de ce qu’est une famille. Car le test auquel on recourt révèle bien sûr. Mais quoi ? Une vérité relative. La lâcheté des uns et l’égoïsme des autres. La face cachée d’un individualisme qui ronge depuis longtemps les fondations vieillies de la famille

LA RESONANCE :
Du doute, du Déni, de la réelle Filiation…

LE TRAITEMENT :
Certains exergues sont nimbés d’une aura de mystère. Il en est ainsi de celui de Lukas Bärfuss dans sa pièce LE TEST paru aux éditions de l’Arche. L’exergue étant censé illustrer le propos d’un texte celui-ci m’a offert quelque heureuse résistance. Il s’agit en l’espèce d’axiomes mathématique visant plus particulièrement la géométrie plane extrait du traité LES ELEMENTS d’Euclide datant de 300 avant Jésus-Christ. Et bien cet exergue a considérablement orienté ma création, j’y reviendrai.

De paternité est le test évoqué plus haut. Il modifiera sensiblement le regard porté du parent qui, quoi qu’il révèle, n’en demeure pas moins parent, à l’enfant qui n’en demeure pas moins l’enfant. Cette géométrie familiale comporte dans son aspect élémentaire trois points, trois angles (de perception des choses) : Père, Mère, Enfant. Ainsi, un premier lien entre l’exergue, la géométrie plane, et le contexte familial de la pièce était noué. Le triangle était promu forme géométrique de prédilection dans ce qui allait être donné à voir. S’ensuit une réflexion bénéfique sur les différents triangles et leur sens, leur signifié, dont je ferai l’économie sémantique ici.

La question qui se pose après la révélation du test, après avoir observé quiètement le contexte des évènements, est de savoir qui est le plus père de celui génétique ou de celui social ? Qui a élevé ? Qui a aimé ? Dans notre société occidentale, la question d’un père génétique qui aime ne se pose même pas et n’enlève en aucun cas sont statut en cas de lacune. Les Romains ne choisissaient-ils pas leur fils pour succéder à leurs « entreprises » ? Une notion de filiation était intimement intégrée dans le passage de relais. Partant, il m’apparaissait comme une évidence l’altération du positionnement du père envers l’enfant jusque là empathique et devenant très subitement égocentré après le test, vu d’ici sans affect. Le regard ne visait plus la même chose et avait été amputé d’une partie de son angle de perception. La grande majorité des personnages a, et pour ses raisons propres, peu ou prou un regard tronqué sur les choses. J’ai donc traité artistiquement l’œil de ces personnages.

Enfin, et j’y reviens, me restait une notion perçue comme fondamentale dans cet exergue et qui n’est pas écrite dans l’exergue mais dont celui-ci est extrait : les éléments. De par leur portée universelle, et par là actuelle, contemporaine, les éléments me renvoyaient aux quatre connus comme l’eau, l’air, la terre et le feu. Ces éléments comme leur vertu – chaud, froid, sec et humide – devaient évidemment se manifester sur la scène, de manière tangible, matérielle ou bien sublimée, sensorielle.

De ces trois angles distincts ne devaient rester que leur « somme ». « Le tout est plus grand que la somme de ses parties » reste à méditer, à rêver.

Vision expressionniste d’une histoire presque banalement tragique, car il s’agit bien là, à mes yeux, d’une tragédie, véritable, cruelle et trop humaine.

Christian Touzé 16/03/2011

CREATION GRAPHIQUE :
Pour le visuel de Die Probe (Le Test), nous avons choisi de partir du triangle de Penrose, figure impossible, connue des amateurs d’illusions d’optique. Symboliquement, ce texte nous parle d’illusion d’optique : comment au sein d’une famille, en apparence équilibrée, « normalisée », le résultat d’un test va révéler les lâchetés, les trahisons, les mensonges de certains personnages au point de tout détruire et déconstruire ce qui semblait immuable et se voulait comme tel.

La forme triangulaire (trilogie religieuse, mystique, alchimique…) est ici celle de la trilogie familiale (père, mère, enfant), trilogie incontournable pour chacun face à la question de ses « origines », de ses liens affectifs et biologiques avec ses parents. Dans la pièce de Lukas Bärfuss, cette trilogie tourne mal, vrille sur elle-même… Car le texte parle d’une réalité difficile à admettre, difficile à voir, réalité mise à jour par une mesure (la mesure du vrai). Et plus cette réalité s’approche du personnage principal, central, plus celui-ci montre son incapacité à la regarder en face. Il va s’obstiner dans une vision fausse de sa famille, de son univers. Vision faussée par son nombrilisme grotesque.

Le regard sur les autres et sur soi-même devient, dès lors, un jeu de dupes, une tragédie, un trou noir, béant, dans lequel tomber et, irrémédiablement, sombrer.

Marie-Hélène Audouard

SCENOGRAPHIE :
Une bassine (n’est-ce qu’une bassine ?), un fil rouge (partageant l’espace scénique en 2 triangles), et… du vide.

CRÉATION MUSICALE :
Réadaptation de la Sarabande de Georg Friedrich Händel. (Marche à 3 temps, encore un triangle ?).

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